lundi 11 avril 2011

"Seule" : un téléfilm sur le suicide au travail


« Seule » Fabrice CAZENEUVE – France 2 - Mercredi 05 novembre 2008.
C’est sous la forme d'une fiction que Fabrice CAZENEUVE traite du délicat sujet du suicide au travail, avec cependant quelques séquences qui pourraient être directement extraites d'un documentaire. C’est par exemple une série de témoignages de salariés de l'entreprise dans laquelle travaille la victime interprétée par Jean-Pierre LORIT, et son épouse, Brigitte, magistralement incarnée par Barbara SCHULZ. Au delà de l'aspect dramatique parfaitement traduit, la force de ce téléfilm se situe dans sa capacité à montrer que les salariés, managers essentiellement, passent alternativement de l'état de victime à celui de bourreau et inversement. L’autre approche, nouvelle, est de montrer que chacun est enfermé dans son rôle, pour preuve, le comportement des différents personnages :
- les collègues de Brigitte qui allèguent que son mari était sous-pression, surmené, qu'il travaillait beaucoup, et qui plus tard laissent entendre que c'est elle qui, peut être, est en partie responsable du mal être de son mari. C'est l'attitude du rival qui va jusqu’à déclarer que son malheureux collègue lui avait confié regretter un amour de jeunesse. Ce même collègue qui avouera que c'est la pression de l’entreprise qui induit son comportement
- les syndicalistes qui encouragent Brigitte à entamer une action, mais qui quand elle s’y résout, lui reprochent de ne pas respecter la démarche qu’ils préconisent
- le PDG de l'entreprise, assisté de son DRH, assez humain au début, puis qui peu à peu cherche à dégager sa responsabilité, d'autant plus que l'entreprise a déjà connu d’autres suicides de salariés
- le DRH qui tente de se justifier, qui soutient que "le stress est facteur de la performance", qui dans une situation concurrentielle génère de l’énergie ; et lui aussi tente de renvoyer la responsabilité vers l’épouse
- La veuve d'une autre victime du travail de l’entreprise, qui est la seule à comprendre Brigitte, mais lui laisse peu d'espoir sur l'issue d'une action en justice
- la famille de Brigitte, qui a du mal à la soutenir, ou maladroitement, comme l'essaie son père, ancien ouvrier, virulent envers l’entreprise.
Enfin, la séquence « documentaire » reprend les expressions habituellement entendues quand il s'agit de parler de stress au travail :
- Besoin de reconnaissance
- Nous sommes évalués en permanence
- Le monde du Travail à changé
- Le système de management est oppressant
- On travaille avec la haine au ventre
Finalement, Brigitte se lancera dans procédure juridique dont le résultat s'avère bien incertain.

Samuel DOUHAIRE de Télérama rappelle que Fabrice CAZENEUVE était déjà l’auteur d’un téléfilm choc sur le harcèlement moral, « De gré ou de force », et quand dans « Seule », il a su très bien décrire « les impacts du discours managérial qui transforme les employés de bourreaux en victime consentantes du capitalisme mondialisé » de manière « aussi pertinente que glaçante ».
Hasard du calendrier, Barbara SCHULZ et Jean-Pierre LORIT étaient fin octobre au CADO d’Orléans pour la pièce « En toute confiance » de Donald Marguliès, adaptée et mise en scène par Michael FAGADAU.

samedi 2 avril 2011

Comment Bretagne Ateliers gère ses compétences : un documentaire de France 5 sur l'intégration des travailleurs handicapés

© Camera Lucida
Bretagne Ateliers est un sous-traitant exemplaire. Au titre de la qualité de ses productions, du respect des délais imposés par ses donneurs d’ordre, bien entendu, mais bien plus encore sur la gestion des emplois et des compétences qu’elle a mise en œuvre.
L’originalité de la démarche c’est qu’elle repose avant tout sur les compétences des salariés, et seulement ensuite sur les compétences nécessaires à chacun des postes de travail. L’homme est au centre de l’organisation, le poste de travail est adapté aux compétences de celui qui l’occupe. C’est aussi l’organisation du travail qui va pallier les carences ou les absences des opérateurs, fréquentes et récurrentes. Car la particularité des 650 salariés de Bretagne Ateliers, c’est que 80 % d’entre eux sont des travailleurs handicapés. Si l’entreprise, qui livre des sous-ensembles à Citroën et Alstom, est soumise aux contraintes de tout sous-traitant de l’automobile ou de l’industrie ferroviaire, elle dispose d’un encadrement spécifique composé d’éducateurs et de formateurs. Une structure lourde, financée par les clients, qui paient les prestations certainement plus cher que chez un autre sous-traitant, mais s’acquittent ainsi en partie de leur obligation d’employer l’équivalent de 6 % de travailleurs handicapés dans leurs effectifs.
Cette gestion des compétences est donc particulière, inhérente à la qualité de ses salariés, mais la leçon à retenir, c’est qu’elle privilégie la performance collective plutôt que la performance individuelle. Trop souvent les entreprises partent de la définition du poste et s’attachent à faire coïncider les savoir-faire des salariés à ce poste, alors qu’une vision générale des compétences utiles à l’entreprise permet d’appréhender l’organisation du travail globalement, et de tenir compte des limites de ces salariés.
En exergue du documentaire diffusé récemment sur France 5, Jean-Pierre LEGOFF, sociologue au CNRS rappelle d’ailleurs que chaque individu est différent, d’où, l’importance de la qualité humaine, mais que malheureusement, dans notre monde économique, l’échec et l’expérience de l’échec n’existent pas.
La démarche de Bretagne Ateliers constitue une vision idéale, difficile à appliquer avec les niveaux actuels de productivité exigés. La société devra quant à elle, surmonter un autre challenge : assurer du travail à ses effectifs dans une période économique difficile où la demande se fait plus rare.
Le documentaire sur Bretagne Ateliers « Direction des richesses humaines » a été diffusé sur France 5, en  février 2010.